La Chapelle Saint-Priest

La Chapelle Saint-Priest à Nohant-Vic

Cet article sera consacré à l’ancienne église disparue depuis longtemps, entre La Chasseigne et Enveau appelée l’église de St-Priest, ou chapelle de Saint-Priest, où était vénéré le culte de ce saint.

Chapelle Saint Priest carte de Cassini

Carte de Cassini
Carte générale de la France. 011, [La Châtre]. N°11. Flle 83 /
[établie sous la direction de César-François Cassini de Thury]. 1767-1768.

Il faut savoir que le sud du Berry a été influencé par les formes de culture occitane venues de la Marche et du Limousin. C’est ainsi que l’on trouve dans nos traditions religieuses les cultes de saints marchois ou limousins. Nous n’en citerons que quelques-uns : Saint Pardoux (à Lourouer-St-Laurent), Saint Léonard (à Tranzault), Saint Goussaud (à Saint-Août) et Saint-Priest (à Nohant-Vic).

Cette « aire occitane », ainsi appelée, car le nombre de paroisses concernées était relativement important, a fini par s’estomper au 19ème siècle.

Les origines de cette petite église :

D’après nos différents documents recherchés, nous pourrions dater cette église du Xème siècle, voire plutôt du XI ème.

Qui l’a construite ou fait construire ?

On sait que c’est Alard Guillebaud (1055 – 1115), seigneur de Saint-Chartier et de Châteaumeillant
qui en fit la donation aux chanoines Augustins d’Aureil, dans le Limousin, près de Limoges. Alard Guillebaud, parfois prénommé Adelard, appelé également « prince du château de St-Chartier », fit donation également en même temps de la terre du Puy (dont on ignore le lieu). Alard Guillebaud était l’ami des archevêques qui approuvaient toutes ses donations et qui discutaient avec lui de la création de nouvelles paroisses et donc des dédoublements paroissiaux. C’est à cette époque que l’on va voir apparaître les trois paroisses de : Vic-sur St-Chartier, Nohant et Verneuil. Alard Guillebaud recevait souvent à sa table les dignitaires de l’Eglise de Bourges : l’archevêque Audebert (de 1092 à 1097) et l’archevêque Léger (archevêque de Bourges à partir de 1099).
Cette chapelle était située à trois kilomètres du château de Saint-Chartier, au village d’Enveau, et elle était très connue par ses pélerinages du mardi de Pentecôte (sources L’Abbé Jacob et voir carte de Cassini ci-dessus).

Une autre source (Emile Chénon) nous confirme que « entre le 14 août 1099 et le 13 août 1100, première année du pontificat de Pascal II, Adelard Guillebaud, seigneur de Saint-Chartier et de Châteaumeillant, confirma cette importante donation entre les mains de l’archevêque de Bourges Léger (appelé aussi Léodegaire) qui l’approuva et « permit de dire la messe dans l’église de St-Priest, où depuis longtemps on ne la célébrait plus. »

On peut donc raisonnablement penser que cette chapelle (appelée chapelle du « voeu » par l’abbé Jacob) a été donnée vers la fin du XIème siècle et qu’elle existait depuis quelque temps.

L’abbaye d’Aureil :

Parmi nos sources les plus anciennes, figure un *cartulaire d’Aureil datant de 1100 qui fait état de l’appartenance de cette église à la communauté des chanoines d’Aureil.
*Un cartulaire, c’est un recueil d’actes attestant les titres et privilèges d’une communauté religieuse ou laïque (définition du Petit Larousse).

Par des indications extraites de leur cartulaire, on peut constater que les chanoines réguliers d’Aureil avaient réussi, depuis la fin du XIème siècle, à s’établir fortement dans le Bas-Berry et sur ses confins immédiats.

Origine des chanoines d’Aureil :

Le prieuré de St-Jean l’Evangéliste, de l’ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin a été fondé en 1071 par le frère Gaucher. Ce prieuré possédait en Bas-Berry, plusieurs domaines, églises, notamment à Vigoulant, Saint-Priest (la chapelle qui nous concerne), Jouhet (actuellement St-Denis de Jouhet) et Saint-Marien (dans la Creuse).
Dans le cartulaire d’Aureil, nous trouvons les chartes correspondant à ces églises.
La plus ancienne de ces chartes est celle du Vigoulant (1093). « Quant à l’église de St-Priest, ce n’était qu’une petite chapelle, dans laquelle, depuis longtemps, on ne disait plus la messe » .Elle était bâtie « sur la rive droite de l’Igneray, entre St-Chartier et Corlay. »

Un désaccord en 1156 :

En 1156, le chapitre de Saint-Etienne (probablement le chapitre de St-Etienne de Bourges) fut appelé à confirmer les droits des religieux de Déols sur l’église de Vic. Rappelons ici que l’église de la paroisse de Vic-sur-St-Chartier a été donnée à l’abbaye de Déols vers 1095 par l’archevêque Audebert de Bourges.
*chapitre : assemblée de chanoines.
Il y avait peut-être déjà lutteentre l’abbaye de Déols et le prieuré d’Aureil pour leurs possessions respectives dans la même paroisse. En 1167, Gérard Morail, abbé de Déols (1154-1176) et Guillaume, prieur d’Aureil (moine supérieur, pouvant diriger le prieuré), convinrent de soumettre leur différend à l’évêque de Cahors, légat du pape, et de rester chacun en possession, l’un de l’église de Vic, l’autre de l’église de Saint-Priest, en attendant que le légat eût statué. La sentence fut en faveur du statu quo.

Pourquoi cette église, appartenant aux Augustins d’Aureil se trouvait-elle sur la paroisse de Vic-sur-St-Chartier?

Nous l’avons vu plus haut, la donation a été faite par le seigneur de Saint-Chartier au prieuré d’Aureil.

On sait également que cette chapelle était sous la coupe du prieuré de Saint-Denis de Jouhet qui était lui-même dépendant d’Aureil.

La donation de St-Denis de Jouhet aux Augustins d’Aureil a été faite à la fin du XIème par un seigneur de Cluis, Pierre I Achard et sa femme, dame de Jouhet et mère de Jean Achard, chanoine d’Aureil. L’église de St-Denis de Jouhet passe donc sous la protection de l’église d’Aureil dont le Saint-Patron était St-Jean l’Evangéliste.

Visite du cardinal de la Rochefoucauld :

En 1734, cette chapelle était sous la dépendance de Déols qui la faisait desservir par le curé de « Saint-Denys-de-Jouhet ». On y célébrait quelquefois la messe, surtout les lundi et mardi de Pentecôte. Mais comme il s’y tenait des assemblées profanes, le cardinal Frédéric-Jérôme de Roye de La Rochefoucauld, archevêque de Bourges (1701-1757) ordonna de tenir la chapelle fermée ces jours-là.

Le Pré Saint Priest

Vue du ciel : juin 2023 (https://remonterletemps.ign.fr/)

Il déclara : « On ne peut y célébrer sans danger à cause du vent qui menace. On y célébrait quelques fois dans l’année mais surtout les lundi et mardi de Pentecôte auxquels jours il y avait une assemblée profane aux environs de la dite chapelle où il se tenait des cabarets, danses et jeux qui causaient des querelles, des disputes et souvent même des batteries…sur qoy ouï et requérant notre promoteur enjoignons au sieur curé de tenir la porte fermée de la dite chapelle les dits jours. »

Cette visite eut lieu exactement le 28 septembre 1734 (document trouvé aux archives). Le cardinal, dans son compte rendu, fait état d’une chapelle dégradée qui « sera mise en bonne réparation ».Il semblerait qu ‘elle ait été fermée après cette visite et probablement abandonnée. La carte de Cassini (document du début de l’article) le confirme avec ce petit symbole, dans l’encadré, qui signifie, dans la légende de la carte, « chapelle ruinée ».
Selon l’abbé Jacob, il y a eu la même interdiction, pour les mêmes raisons de repas pris dans l’église, à Verneuil.

Vente de la chapelle :

On sait qu’ elle a été vendue comme bien national le 22 octobre 1791 (article de l’Echo de l’Indre de 1898 ), date confirmée par Emile Chénon dans ses notes archéologiques et historiques. Nous avons trouvé un document nous relatant la vente d’une parcelle le « champ du Ponthion » et la chapelle de St-Priest. C’est un certain Pierre Gonin qui l’a achetée. Elle a été vendue par adjudication (aux enchères) au prix de 400 livres, le 15 février 1792. Elle a été apparemment payée en assignats (un assignat est une monnaie papier qui a existé pendant la Révolution Française entre1790 et 1796 ; il n’est pas convertible en espèces mais remboursable sur le produit des ventes du Clergé).

Cette chapelle ne figure pas sur le cadastre napoléonien de 1842 (voir ci-dessous), elle avait donc disparu ou probablement était devenue un tas de pierres.

Comme dans beaucoup d’endroits, les pierres de cette chapelle ont servi ensuite pour la construction des maisons avoisinantes.

Plan Napoléonien Nohant-Vic

cadastre napoléonien 1842

Le culte de Saint-Priest :

Saint Priest (Priest de Clermont ou Priest d’Auvergne) était un évêque d’Auvergne, né en 625 à Vézézoux (Haute-Loire) et mort en 676 à Volvic (Puy de Dôme). Il a beaucoup plaidé la cause des petites gens et combattu les injustices.
Soupçonné d’avoir organisé le meurtre d’Hector, préfet de la Provence marseillaise, il était recherché et a été assassiné à Volvic le 25 janvier 676. Il est honoré comme un martyr. (sources : wikipédia)

Une statue en plâtre du XIXème siècle de Saint Priest est toujours présente dans l’église de Vic.

Statue Saint-Priest

Il semblerait que l’on ait continué à vénérer le saint dans la paroisse de Vic-sur-St-Chartier (commune à partir de 1792, et ensuite commune de Nohant-Vic à partir de 1822, bien après que cette chapelle de St-Priest ait été fermée.

L’ancien journal de la Croix de l’Indre, fait état de la popularité de Saint-Priest, au début du XXème siècle : « Le 17 mai, mardi de Pentecôte, pélerinage de Saint-Priest, toute l’année et plus particulièrement le jour de la fête, la piété des fidèles ne réclame jamais en vain, pour les petits enfants, la protection de Saint-Priest. Après la messe, la procession se rend, bannière et statue du saint, jusqu’à la Croix des Boisseaux. Nombreuses sont les faveurs qu’il accorde à ceux qui l’invoquent. »

Selon Emmanuel Navarre : « Autrefois, l’assemblée était très fréquentée ; les pèlerins de la contrée se rendaient à Sainte-Solange le lundi de Pentecôte et revenaient à Nohant-Vic compléter leurs dévotions. »

L’abbé Périgaud, curé, qui découvrit les fresques du XIIème siècle dans l’église de Vic en 1849, écrivait, à propos de l’église de Vic :
« Sous la Révolution, ce qui avait survécu au pillage de la pauvre église fut mis plusieurs fois en vente. Elle avait servi de grange à battre le blé mais ce scandale ne fut pas de longue durée; les ouvriers saisis immédiatement de violentes douleurs jetèrent les fléaux et se précipitèrent hors de l’église en criant que Saint-Priest les punissait de leur sacrilège. Personne n’osant continuer le travail, force fut de transporter ailleurs le blé à moitié battu. Ce récit m’a été fait par plusieurs personnes, en particulier par Jean Brunet , trésorier de la *fabrique et Rémy Autissier, tous deux demeurant à Vic. »

*La Fabrique est un ensemble de personnes au sein d’une paroisse, composé de clercs et de laïcs qui ont la responsabilité de collecter des fonds nécessaires pour l’entretien des bâtiments religieux et du mobilier de la paroisse. Les revenus peuvent provenir de dons divers, d’offrandes, de legs…

Les processions :

Cette procession semble avoir migré vers le bourg de Vic, après la fermeture de la chapelle de St-Priest. A quelle date exactement ? Il ne nous est pas possible de le dire, on peut supposer que ce serait après les grandes transformations de l’église St-Martin de Vic, après 1852. Mme Carrion, enfant, a participé à ces processions, jusqu’à l’âge de 22 ans. Sa grand-mère, née en 1890, y a assisté également. Cette procession partait bien de l’église de Vic, le mardi de Pentecôte, où se tenait une messe, puis se rendait à la Croix des Boisseaux, avec une bannière et la statue de St-Priest. On y faisait des prières, on y chantait des cantiques, notamment celui ci-dessous. Cette procession concernait plus particulièrement les enfants, mais également les femmes adultes qui avaient mal au ventre.

Quant au culte de Sainte Solange, dont fait état Emmanuel Navarre (voir plus haut), nous n’avons pas pu avoir d’éléments nous permettant de situer ce pélerinage. Il existe bien une fontaine au nom de Sainte Solange à Néret, au hameau de La Chaume du bois. C’est Emile Chénon, au début du XXème siècle qui l’a fait aménager et l’a mise sous le patronage de Sainte Solange, patronne du Berry.
Mais aucune source ne se souvient d’un quelconque pélerinage dans ce lieu.
Ou alors s’agit-il de Sainte-Solange, commune du Cher ( à côté de Bourges) où existe un pélerinage le lundi de Pentecôte ? Mais c’est peu probable.

Un cantique était dédié à St-Priest, nous reprendrons seulement le refrain :
« Grand saint, qui guéris la souffrance,
Protège-nous dans ta bonté,
A nos enfants, conserve l’innocence
Et donne la santé. »

Ce chant comprend quatorze couplets.
Les paroles étaient du chanoine François Breton (1868 – 1947) et la musique de l’abbé F. Clérault

A la croix des Boisseaux (appelée aussi croix de Saint Priest), on y disait un crédo, dont nous ne reproduirons que le premier couplet sur les huit existant :

« Au faîte rayonnant de la verte colline,
Du splendide horizon contemplant le rideau
Et dressant humblement son image divine,
La Croix des Boisseaux chante un éternel Credo. »

Les paroles étaient de François Breton

La cloche de la chapelle :

La cloche de la chapelle de Saint-Priest a été transportée au clocher de Vic-sur-St-Chartier et cachée par un des habitants du bourg (sources abbé Jacob).

L’abbé Périgaud nous apprend également qu’une cloche de l’église de Vic est dédiée à Saint-Priest.

« Une chapelle dédiée à Saint-Priest était édifiée entre les hameaux de Chasseigne et d’Envau. Elle s’élevait dans les prés à cent mètres avant Envau, sur la gauche, venant de Vic, non loin de la route environ et à deux cents mètres de l’Igneraie. La fontaine était située à deux cents mètres de la chapelle en contrebas. 

On amène dans ces processions les enfants « rechignoux » ou « chialoux », ceux qui souffrent de coliques ou de convulsions.

On raconte qu ‘avant la Révolution, les fidèles se rassemblaient dans les prés entre la chapelle et la fontaine, autour de trois grands chênes, et allaient boire à la source.

On raconte que la fontaine est sans fond. Lors de la Révolution, l’attelage qui emportait les cloches de la chapelle s’y serait enfoncé et perdu. Jamais l’eau ne manque. » (J.L. DESPLACES « florilège de l’eau en Berry. »)

Un article de « la Gerbaude », revue bimestrielle des provinces et pays du cœur de la France, intitulé « la nouvelle cloche de Nohant » et écrit par Hector de Corlay (pseudonyme de l’abbé Jacob) nous relate ceci : à l’occasion d’une visite, le 5 septembre 1853, du cardinal du Pont, archevêque de Bourges, celui-ci félicitait l’abbé Périgaud pour sa découverte des fresques et le nouveau clocher de l’église de Nohant-Vic, dont la première pierre avait été bénite le 28 août 1851, en présence de George Sand qui était intervenue pour le classement de l’édifice.
On peut y lire : « Ajoutons seulement ici, que le nouveau campanile pouvait carillonner puisque, en plus d’une ancienne cloche, il possédait celle de la chapelle de Saint-Priest, désaffectée et détruite, chapelle située au village des Enveaux. »

Le Chêne dans le Pré Saint Priest


Nous nous sommes rendus sur place, dans « le Pré St-Priest »(nom de la parcelle sur le cadastre napoléonien). Bien sûr, il ne reste aucun vestige de cette chapelle. Nous avons pu constater la présence de chênes (non pas trois mais un en contre-haut et un en contrebas vers la fontaine) et la présence de la fontaine (voir photos ci-dessous). La photo vue du ciel laisse apparaître quelques traces au sol. Seraient-ce les traces des murs de cette chapelle ? Rien ne nous permet de l’affirmer.

Conclusion : Avec toutes ces archives, et les recoupements auxquels nous avons procédé, nous pouvons dire que nous connaissons l’emplacement de cette ancienne chapelle de Saint-Priest et de la fontaine voisine, ainsi que la date approximative de sa disparition : après le 22 octobre 1791, date de sa vente comme bien national. La date de construction de cette église reste incertaine mais peut être située raisonnablement au Xème ou XIème siècle.

Grace à une carte que nous avons eu en notre possession, nous avons découvert à environ trois cents mètres de l’emplacement de cette chapelle, un ancien château féodal ; ce sera l’objet de nos prochaines investigations.

Sources : Archives départementales de la Haute-Vienne, Archives départementales de l’Indre, Gallica, notes archéologiques et historiques sur le Bas-Berry par Emile Chénon, abbé Jacob « l’histoire de Saint-Chartier », revue La Gerbaude, Jean-Louis Desplaces «le florilège de l’eau en Berry », actes du 78ème congrès de la Fédération des sociétés savantes du centre de la France.


Remerciements : Mme Carrion, Jérôme Chameau, Guylaine Pasquet.

Quelques compléments d’informations sur la chapelle de Saint-Priest

La chapelle de Saint-Priest, située entre La Chasseigne et Enveau, avait été vendue comme bien national le 22 octobre 1791.
 
Nous avons découvert, récemment, en recherchant dans les Archives de l’Indre, que cette chapelle apparaissait plusieurs fois dans des documents datés dans des siècles différents.
 
Revenons un peu en arrière et intéressons nous au 17 avril 1579. Ce jour-là, il y eut une vente de plusieurs parcelles par Hugues d’Assy, seigneur de Jouhet et de Rochefolle, guidon1 de la compagnie de Monseigneur de Montpensier, demeurant à Rochefolle, paroisse de Fougerolles à Balthazar du Creuset, seigneur de la Chassaigne, demeurant à Châteaumeillant. »
Parmi ces différentes ventes, retenons celle-ci : « une pièce de terre appelée Le Chezault à Jehan, contenant 6 boisselées2, avec un petit pré à cueillir une charretée de foin, entre le village de La Chassaigne et la Chapelle du St Pryé, qui jouxte d’une part le chemin qui va du Guérin en Vault, d’autre le chemin que l’on va de ladite chapelle en Vaulx et d’autre part les terres dudit sieur de la Chassaigne, appelée le champ du Plaix…
Lesquels héritages estoient dépendant de la Chapelle de St Pryé, membre du prieuré de St Denis de Jouhet, lesquels ledit seigneur de Rochefolle a depuis acquis par décret fait par les députés et commissaires aux biens écclésiastiques de Bourges, suivant le maniement du Roi. »
 
On trouve, le 4 mai 1683,  une « transaction entre Louis Girode, curé de St-Chartier, et Louis Périgault, prieur curé de St-Denis de Jouhet, au sujet de la terre de Champ Fillaud, dépendant de la chapelle de St Priest. »
 
Le 15 novembre 1685 : « Accense3 pardevant Moyne notaire à St Chartier, par Léonard Périgault, prieur curé de St Denis de Jouhet, pour 81 ans à François Janvier, procureur fiscal de la seigneurerie de St Chartier et greffier de La Berthenoux de la terre de Ponthion, dépendant de la chapelle de St Priest construite en la paroisse de Vic et dépendant du Prieuré de St Denis de Jouhet, qui jouxte les chemins tendant de La Châtre à Issoudun et d’Issoudun au village  le Bussière (La Bussière, paroisse de Montipouret), et celui tendant du gué de Ponthion au village de Fins, ladite terre contenant 10 boisselées, moyennant 30 sols et 10 deniers payables à la St Michel. »
 
Le 22 mai 1778 : « Bail emphythéotique4 de 27 ans pardevant Michelot, notaire royal résidant à Fougerolles et St Denis de Jouhet, consenti par Pierre Salomon, prieur curé de St Denis de Jouhet à Pierre Ursin Boucheron, fermier de la seigneurie de St Août, résidant à St Août d’un champ de 6 boisselées dépendant de la Chapelle de St Priest, située en la paroisse de Vic sur St Chartier, et annexé à la cure et prieuré de St Denis de Jouhet, appelée le champ de Ponthion située près le gué de Ponthion, paroisse de Vic, qui jouxte du levant le chemin de St Chartier allant à Bussière, du couchant le carroir de Ponthion et du septentrion5  la rivière qui descend de St Chartier à Bussière et ledit carroir de Ponthion, moyennant 4 £. (livres) par an payables le 11 novembre (contrôle des actes de La Châtre) . »
 
Le 20 mars 1791 : « Soumission d’acquérir6 par Philippe Alaphilippe de Vic sur St Chartier, et estimation de ladite Chapelle par François Benoist, commis par le distict de La Châtre.
Une chapelle appelée Chapelle de St Prié, située sur la paroisse de Vic sur St Chartier, avec le terrain qui est autour d’icelle en dépendant, qui jouxte les terres de M. Gasnier et le chemin de StChartier à la Chassaigne…
Nous avons estimé qu’elle pouvait valoir la somme de 100 £. »
 
Le 17 mai 1791 : « soumission par Chartier Martinet de Vic et estimation de deux champs dépendant ci-devant de la Chapelle de St Priest, paroisse de Vic.
1° : un champ de 15 boisselées appelé champ de Ponthion qui jouxte d’une part la rivière, d’autre le chemin de La Breuille à La Châtre, et d’autre celui de St Chartier à Buxières. Le champ est affermé 4 £. au sieur Baucheron par bail emphythéotique de 29 ans ( Michelet, notaire, 11 novembre 1778), valant 11£. 10 sols de revenu.
2° : un champ de 4 boisselées appelé petit champ à la Godière qui jouxte de deux parts les terres du soumissionnaire et d’autre les terres du sieur de Viljovet et Garnier (ou Gasnier), estimé 5 £. de revenu. »
  
 
1 guidon : probablement un officier peu gradé, voire porte étendard de l’assemblée de Monseigneur de Montpensier (définition incertaine).
2 boisselée : aujourd’hui il faut 10 boisselées pour faire un hectare. Autrefois, c’était très variable d’un endroit à un autre.
3 accense : bail à ferme, à rente ou à cens (redevance).
4 bail emphythéotique : bail pouvant durer de 18 à 99 ans.
5 septentrion : le nord
6 par soumisssion d’acquérir, nous pensons qu’il s’agit d’un désir d ‘acquérir en s’engageant contractuellement.
 
Rappelons qu’à l’époque d’avant la Révolurtion Française, la monnaie était la livre (livre tournois) qui se divisait en sols et en deniers.
  
N.B. : tout ce qui est entre guillemets a été transcrit à l’identique des documents trouvés aux archives, l’orthographe de certains mots étant différente parfois de notre époque. On remarquera également les différentes orthographes pour St-Priest.
 
Nous avons situé le gué de Ponthion aux environs du pont actuel de l’Igneraie sur la route allant de Ponthion à La Breuille.
 
Remarques : 
Nous pouvons constater, à travers tous ces documents, que les transactions s’effectuaient souvent avec des personnes de St-Denis de Jouhet (seigneur, prieur…) car cette chapelle dépendait du prieuré de Saint-Denis de Jouhet.
 
Il est bon de rappeler que cette chapelle avait été estimée à 100 £. le 20 mars 1791 et qu ‘elle a été vendue, par adjudication, 400 £. le 15 février 1792, à Mr Pierre Gonin, avec le « champ du Ponthion ».
 
On connaît à peu près la suite de l’histoire : la chapelle ayant été fermée, elle est tombée en ruine petit à petit. Ses pierres ont certainement terminé dans la construction des maisons avoisinantes. Le culte de Saint Priest a cependant perduré, mais dans le bourg de Vic.

Voir aussi un article précédent : Une carte des “monuments” disparus de la commune.

A la recherche du patrimoine disparu de Nohant-Vic par Emmanuel Robin et Bernard Aussanaire

Les commentaires sont fermés